Sainte Lucie, par Eli

Ecrit par Niki, le 18 jan 2011 dans Vie du site |

Une fois n’est pas coutume, je me permets de publier ici un texte qui n’est pas de moi… En fait, il s’agit du texte qu’à écrit Fred pour le concours de récits de plongées organisé par Tropicalement Vôtre cette année. Le gagnant remportait un voyage à Sainte Lucie. Quel heureux hasard allez-vous me dire ? Grin

Pour ma part, bien que ne faisant pas partie du jury cette année, je souhaitais éviter toute suspicion déplacée et je me suis donc abstenue de participer, tout simplement. Fred, quand à lui, n’avait pu participé l’année dernière compte tenu qu’il couchait avec un membre du jury … Wink … Si si pour de vrai !  Grin

Bref, la donne étant différente cette année, et Sainte Lucie l’ayant inspiré, voilà qu’il pond un texte qui m’a vraiment émue et ce serait bien dommage de ne pas vous le faire partager. Son texte se nomme Sainte Lucie, par Eli.


Je ne suis pas très fleur bleue de manière générale, et je ne sais pas si c’est parce que Fred l’a écrit ou parce que les lieux et certains personnages me parlent, mais j’avoue que ce texte m’a vraiment touchée. Je lui avais dit que je le publierai sur le blog à l’issu du concours. Pour ceux qui ont suivi la remise du prix, vous savez que ce texte n’a pas gagné, mais une promesse reste une promesse et je tiens à le publier ici… Et puis, très sincèrement, ce serait égoïste de ma part que de ne pas le partager avec vous.

L’histoire est certes fictive, mais elle s’inspire de personnages réels. Victor existe à Sainte Lucie et son âge colle bien avec le texte. Eli … rêvait de voyages et d’aventures … C’est une façon de concrétiser certains de ses rêves…

Bonne lecture… Voici le texte dans son intégralité.

Sainte Lucie par Eli

J’ai longtemps hésité avant de poster ce récit de plongée.

Mais comme celui-ci concerne Sainte Lucie je me suis dit que la coïncidence était trop forte, je devais le publier.

J’ai hésité car ce récit a été écrit il y a plus de trente ans par mon défunt grand-père. Je l’ai trouvé par hasard cette année dans « l’ile au trésor », son livre préféré, une édition de 1973 très abimée mais à laquelle il tenait beaucoup.

Je vous le livre donc tel quel, avec ses fautes, ses approximations et ses passages très personnels mais respectant l’esprit « libre » de celui qui l’a écrit.

Le vendredi 23 février 1979

à Soufrière, Sainte Lucie.

(46eme jour de navigation)

Ma chère Aimée,

Je prends le temps aujourd’hui de t’écrire car cela fait une semaine que je découvre tout simplement le paradis sur terre.

Sainte Lucie est une ile où la nature est restée reine. Tous les matins je me réveille au son des oiseaux vivant dans des arbres centenaires tellement grands que j’ai du mal à en voir les cimes.

Les quelques miettes que je laisse sur la table de mon petit déjeuner, attirent les plus petits des oiseaux, souvent noirs ou marrons avec un trait rouge ou jaune sous le bec. J’ai l’impression qu’après quelques jours ils n’ont plus peur de moi. Quelques fois ils se perchent sur le rebord de mon verre et me fixent, me regardent, m’observent … c’est étrange ils ont quelque chose de familier mais je ne saurais dire quoi. Alors pour les intéresser je leur parle. Dès que je commence, ils ne bougent plus et ne font que tourner la tête, comme pour essayer de comprendre ce que je leur dis. Je leurs parle de toi, de combien tu me manques, combien tu es belle et combien ils seraient heureux de chanter pour toi, pour ta douceur et ta beauté.

Tu sais que j’adore plonger lorsque je suis chez nous, alors hier pendant ma journée de repos j’ai fait la rencontre d’un certain Victor qui vit non loin de Soufrière dans une anse magnifique. Il a un petit bateau, Victor, mais surtout il connait les moindres recoins des fonds sous marins de la partie sud ouest de Sainte Lucie.

J’ai donc mis mes palmes et mon masque dans mon sac pour filer rejoindre Victor. Cela n’a pas été sans mal, car pour faire les quelques kilomètres qui nous séparaient il m’a fallu pas moins d’une heure.

La route devenant de plus en plus petite et les pierres de plus en plus nombreuses. J’ai vraiment eu l’impression de traverser une forêt tropicale, aussi dense, aussi verte et aussi riche. Je suis enfin arrivé dans une sorte de clairière, d’où je pouvais déjà entendre le bruit des vagues. Mais je ne voyais toujours pas la mer. J’ai pris mon sac à dos et emprunté le petit sentier qui s’ouvrait devant moi à travers la végétation plus que luxuriante.

Comme ce chemin descendait, quelques fois rapidement, je me disais que j’étais dans la bonne direction !

Au bout de dix bonnes minutes de marche ou de glissade, je suis arrivé à une sorte de cabane de pécheur plantée là face à l’immensité de la mer des caraïbes. Sur la plage un bateau typique Saint Lucien, très fin, entièrement en bois et décoré avec de belles couleurs vives. A son coté un homme s’affairait.

Je me suis approché et par réflexe j’ai lâché un « bonjour » suivi presque immédiatement d’un « hello » correctif. Car même si depuis hier, Sainte Lucie est devenue indépendante, la langue officielle reste l’anglais. Mais mon bonjour n’est pas passé inaperçu ! Je me suis entendu dire en guise de réponse :

« bonjou, ou sa palé Creol ? no mwen se Victor»

J’ai alors compris que j’étais en face de Victor et que mon bonjour en français lui avait fait croire que je parlais créole. Car c’est vrai que le créole Saint Lucien possède un héritage français important. Mais malheureusement pas assez pour que je comprenne tout son créole et lui tout mon français. Du coup je lui ai expliqué en anglais que j’étais français et que je ne parlais pas le créole. Il m’a accueilli alors avec un grand sourire et une franche poignée de main en me disant qu’entre le français, le créole et l’anglais nous arriverions à nous comprendre !

J’étais content, je me sentais très bien chez Victor, il était très gentil et toujours souriant.

Je l’ai alors accompagné dans la maison que j’avais vue en arrivant. Plus qu’une maison c’était un savant mélange entre un atelier de pêche avec des filets réalisés à la main, un coin « repas-repos » avec un hamac qui traversait la pièce et un foyer sur lequel une marmite en fonte noire reposait. Mais la grosse fierté de Victor c’était cet engin bizarre au fond de la pièce. Une sorte de moteur de voiture ou camion je ne sais pas, couplé à un compresseur d’air. J’étais stupéfait, Victor possèdait des bouteilles de plongée et les gonflait lui-même, chez lui !!!

J’appris plus tard autour d’un verre de rhum que c’était un commando de la Royal Navy qui avait initié Victor à la plongée sous marine. Celui-ci en repartant en Angleterre, lui avait offert deux bouteilles de plongée presque neuves. Victor, ancien mécano, avait alors entrepris de récupérer un vieux compresseur à piston pour le faire tourner avec un moteur à essence trouvé dans une jeep très accidentée près de Marigot Bay.

Victor me passa une bouteille, un détendeur et nous voilà partis à bord de son bateau. Au fur et à mesure que nous nous éloignions de la plage je pouvais me rendre compte combien Sainte Lucie était recouverte par la végétation, pratiquement jusqu’à la plage. Il n’y avait pas un seul endroit à perte de vue qui ne soit vert vu du bateau. Le contraste entre le bleu du ciel, le vert de la forêt, le jaune pale du sable et le bleu de l’eau était extraordinaire.

Mon cœur se serra, je ne pouvais plus rien dire, Victor s’arrêta de parler, sourit et me glissa un « c’est beau non ? » dans un français parfait. Je lui répondis alors juste d’un signe de tête, de haut en bas, un grand sourire béat et les yeux écarquillés.

Nous arrivâmes enfin après une bonne demi-heure de navigation à la « Anse Cochon ». Pourquoi cochon je ne sais pas mais ça m’a fait sourire sur le coup. Pendant que nous nous équipions, Victor me demanda de rester à coté de lui pendant la plongée, surtout s’il y avait du courant. Il y a pas mal d’espèces qui peuvent bruler ou piquer au contact de la peau, donc il me conseilla de ne toucher à rien. Ça tombait bien, je ne comptais que regarder ! Petite vérification avant immersion, tout est « OK », plouf, nous basculons en arrière simultanément.

Nous sommes juste au dessus d’un jardin de corail qui descend en pente douce jusqu’à une cinquantaine de mètres de profondeur. Mais nul besoin d’aller si bas pour voir la magie de ces fonds.

Il y a énormément de poissons. Certains que je n’ai jamais vus, comme ces poissons flutes très allongés et munis de toutes petites nageoires. On dirait des sous marins, plus larges au centre qu’aux extrémités, mais qui arrivent à se déplacer de manière très habile dans toutes les dimensions.

J’ai aussi vu des poissons globes mais avec leurs épines repliées sur leur dos. Ça change de la vision du poisson globe du musée, gonflé comme une baudruche et prêt à exploser.

Alors par contre, je n’ai pas pu m’empêcher de rire dans mon détendeur lorsque j’aperçu de tout petits poissons coffres. Ils ont à peine quelques centimètres d’envergure et ont une forme triangulaire avec la base au niveau du ventre. Une toute petite bouche en cœur et des nageoires beaucoup trop petites par rapport à leur corps. Lorsqu’ils se déplacent, ils donnent l’impression de ne pas être complètement à l’aise et manquent de se renverser à chaque changement de direction.

De l’autre coté d’une éponge immense en forme de jarre, Victor lève le bras et l’agite faisant mine de m’appeler. Je donne alors quelques coups de palmes pour le rejoindre. Quand j’arrive sur lui, il me fait le signe « chut » en posant son index droit sur son détendeur. Je ralentis donc et regarde une énorme tortue posée sur le sable à l’aplomb d’un rocher. Elle ne bouge pas, je n’ai jamais vu une tortue aussi grosse. Victor s’approche délicatement, je peux alors estimer la longueur de cette tortue, pas loin de deux mètres. Je n’en crois pas mes yeux. Elle tourne la tête à l’approche de Victor mais n’est nullement effrayée. Elle regarde Victor fixement. Cette image reste gravée dans mon esprit. Je ne perçois plus rien autour de moi à part la main tendue de Victor vers cette tortue et les mouvements de tête de celle-ci vers Victor. Pendant quelques secondes j’ai cru qu’il y avait un réel dialogue entre eux. J’en ai les frissons et je ne peux m’empêcher de fixer cette belle rencontre au fur et à mesure que nous nous éloignons.

Après plusieurs allers-retours autour des patates de corail, je sens l’air de plus en plus difficile à respirer, je comprends alors qu’il faut que je passe sur réserve. En même temps je vois Victor m’indiquer la direction du bateau, ça tombe bien ! J’en ai encore plein les yeux et je ne peux m’empêcher de regarder autour de moi pour enregistrer un maximum d’images splendides.

Tout ceci est sans compter sur l’énorme surprise qui arrive brusquement sous nos yeux. Un banc de petits poissons, des sardines ou des petits maquereaux, peut être mille individus se déplaçant très vite comme effrayés par quelque chose. Effectivement, nous stoppons notre progression pour observer quelques barracudas d’une taille très respectable, fondant à travers ce banc qui essaye de se reformer après chaque passage. Victor se retourne vers moi et je lui fais signe que je suis impressionné par ce spectacle. Il me répond en ouvrant les bras, les mains verticales, comme pour me confirmer que ces barracudas sont de beaux spécimens !

Arrivés sur le bateau, je n’arrête pas d’énumérer tout ce que j’ai pu voir et combien j’ai trouvé cela magnifique. J’ai du prononcer les mots « amazing » et « wonderfull » une bonne centaine de fois. La seule réaction de Victor était un grand sourire, mélange de fierté et de reconnaissance pour tous les compliments que je faisais sur son « jardin d’Eden ».

Ma chère et tendre j’aurais vraiment voulu que tu sois là pour voir toutes ces merveilles. Cette ile pleine d’enchantement si naturelle et sauvage, ses fonds marins d’une authenticité incroyable et surtout ces personnes sincèrement gentilles et tellement fières de leur paradis perdu.

Nous sommes au lendemain de l’indépendance de Sainte Lucie et je suis très content pour cette population qui fait tout pour préserver ce bijou. Ici on parle de créer des réserves naturelles à la fois dans le centre de l’ile pour protéger la forêt et sous l’eau pour protéger les coraux et tous les poissons qui auront du mal à se reproduire si la pêche s’intensifie.

J’ai fini ma journée avec Victor sur sa plage à faire griller un poisson délicieux et boire du rhum à la noix de coco, en échangeant sur notre passion des fonds sous marins. Cet homme est vraiment extraordinaire et gagne à être connu. J’en garderai un souvenir ému.

Demain je pars voir l’intérieur du volcan toujours en activité sur les hauteurs de la Soufrière. Il parait que le spectacle y est exaltant et surement inoubliable.

Je sais que je suis parti depuis longtemps déjà et que mon retour n’est pas proche mais je pense tous les jours à toi, car tu me manques énormément. Je sais que cette expédition va beaucoup m’apporter pour mes recherches mais découvrir un paradis tel que Sainte Lucie sans toi, n’a pas la même saveur. J’espère que je pourrai revenir ici avec toi … qui sait ce que nous réserve la vie.

Bien à toi, ton mari qui t’aime tant.

Eli

Quelques temps après son retour d’expédition, mon grand père décéda et ce fut donc ma grand-mère qui me raconta ses différentes aventures. Sans doute grâce à ses récits, j’ai le gout de la mer et la passion du voyage.

Lorsque j’ai trouvé ce récit de Sainte Lucie, je suis allé voir ma grand-mère car elle ne m’en avait jamais parlé. Je lui ai simplement dit « tu savais que papi était allé à Sainte Lucie ? ». A ce moment là, un peu surprise, ses yeux se mirent à briller et se remplirent de larmes. Elle me dit alors la voix tremblotante  « une part d’Eli est resté à Sainte Lucie, le reste est dans mon cœur ».

Elle a ensuite ajouté : « Si un jour tu vas à Sainte Lucie, emmènes-y l’amour de ta vie, car peut être l’occasion d’aller là-bas, ne se représentera pas ».

Pour Eli,

Frédéric D.

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9 Commentaires

  • avatar loule06 dit :

    waou waou waou, quel plaisir de lire ce récit !!!!!

    Sincèrement bravo Fred, tu m’as touché ……

    Rien à ajouter ……

    bravo

  • avatar Minimouss dit :

    C’est l’un de mes préférés! Bravo Fred!

  • avatar Gabriel dit :

    Fred!!!! C’est toi qui a écrit ça??????
    Je l’ai lu sur le site des récits de plongée.
    J’ai adoré, vraiment touché vraiment beaucoup? Si seulement j’avais su samedi.
    C’est d »un amour absolu chapeau bas Monsieur Fred…… non non beaucoup plus bas que ça!
    Très sincèrement.

  • avatar Niki dit :

    Et oui, c’est bien Fred qui a écrit ce texte… In Love … dans son intégralité !

    Pour être allée à Sainte Lucie, je ne sais pas dire si je suis plus touchée parce que je connais les lieux et les personnes et que l’ensemble m’évoque vraiment quelque chose, mais j’avoue que ce texte ne m’a pas laissée indifférente.

    En même temps, je ne suis pas surprise, j’ai lu d’autres textes qu’il a daigné écrire et il manie très bien les mots… C’est juste que Fred est une faignasse pour écrire… Mais quand il est inspiré, difficile de ne pas aimer … Blush

    En tout cas, respect mon chéri pour ce texte. Worship

  • avatar Fred dit :

    @Minimouss : Merci beaucoup ! surtout que tu as du en lire quelques uns !!! Wink
    .
    @Gabriel : Merci merci ! Je suis très content que ce texte t’ait touché ! En l’écrivant j’ai ressenti beaucoup d’émotions positives et j’espérais pouvoir les transmettre … Smile
    .
    @Niki : tu sais ce qu’elle te dit la « faignasse » ??? Razz Razz Razz
    Kissing

  • avatar Gabriel dit :

    Rien à voir: Pourquoi j’ai cette tête là au fait?
    Est ce que franchement j’ai l’air d’un ronchon???? Cry

    • avatar Niki dit :

      Ha ha ha il est trop fort ce truc aléatoire qui donne les Avatars … Tu vois, t’as même pas réussi à le tromper. Wink
      Bref, je peux te proposer deux solutions:

      1. changer ton adresse mail car il associe un avatar à une adresse et une seule MAIS je ne sais pas ce qu’il t’affecterai comme autre Avatar.

      2. Comme je suis une nana franchement super méga cool et sympa (y’a des promos sur les fleurs en ce moment Wink ), ben tu m’envoie un truc que tu voudrai avoir comme avatar et je ferais le nécessaire parce que c’est toi.

      3. Tu t’inscris comme un grand tout seul sur le site et tu as le droit de télécharger l’image de ton avatar. Grin

      Tu vois, j’avais prévu de te proposer deux solutions mais finalement, comme je suis dans un jour de bonté, je t’en propose 3 ! Grin

      Et en plus, toi l’inscription ça va marcher car tu n’as pas un prénom bizarre avec des lettres du genre « ç » (private joke Cool )

  • avatar Gabriel dit :

    Trop fort l’avatar aléatoire…..
    Je vais réfléchir….. j’avais même pas vu qu’on pouvait s’inscrire, c’est dire!

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